Egalité chérie

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"Si l'égalité doit être pensée comme une relation, la question des différences économiques admissibles dans un monde de semblables reste essentielle. Penser cette similarité implique de qualifier le régime des différences admissibles qui peuvent l'accompagner. Elle ne peut en effet être conçue que dans la confrontation aux épreuves qui la menacent. Une formule de Sieyès nous guide : " Les inégalités de propriété et d'industrie, dit-il, sont comme des inégalités d'âge, de sexe, de taille, etc. Elles ne dénaturent point l'inégalité du civisme. " Pour Sieyès les différences qui subsistent entre les hommes ne s'érigent pas en une contre-nature, c'est-à-dire en un ordre artificiel (ce à quoi correspond justement le privilège). Dans ce cas les distinctions deviendraient en effet des " qualités essentielles ", pour reprendre les mots de Buffon. Mais où tracer précisément la ligne de partage ? Elle est clairement dessinée lorsque le privilège est constitué en termes juridiques. Et au-delà ? Nous avons souligné que le terme de privilège avait souvent été entendu, en France comme en Amérique, dans un sens extensif, comme synonyme de différence injustifiable. (...)

Nous en arrivons à l'idée de la similarité entre égaux comme le fait de vivre en semblables. L'égalité est bien dans ce cas une relation ; elle renvoie à la vitalité d'une commune appartenance, à la qualité d'une proximité, à la facilité de l'échange. Penser l'égalité des semblables implique pour cela de définir les conditions de l'aspect secondaire des différentes différences dans la vie sociale. Par ces différences, nous entendons essentiellement celles qui sont d'ordre économique, puisque c'est sur ce terrain que les possibilités de voir s'ériger un nouvel ordre inégalitaire n'ont cessé d'être des plus manifestes."

Pierre Rosanvallon. Texte extrait du cours du Collège de France paru dans la revue Ravages (8, février 2012 : "Vote et tais-toi")

Egalité chérie

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